Comprenne qui pourra…

Cette affaire, qui m’a été transmise hier par une voie détournée, me paraît passablement compliquée, compte tenu notamment des années écoulées depuis la disparition de mon oncle Jean Florentin Féliho, le personnage principal.

Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais été doué en matière de contentieux juridique. La preuve : il m’a fallu seize années pour parvenir à divorcer de mon ex-femme ; et, comble de malheur, j’en suis ressorti « une main devant, une main derrière » selon l’expression consacrée.

Pour en revenir à Jean Florentin Féliho, les souvenirs que je conserve personnellement de lui se situent au début de la décennie 1960 ; je n’étais encore qu’un gamin de sept ans ! En dépit de mon jeune âge, je n’ignore pas que c’est lui qui a discrètement prévenu la police lorsque mon père, Jean Amédée Féliho, est venu menacer le sien, le grand Victorin Féliho, son oncle paternel, avec un pistolet, en son domicile de Cotonou. A la tête d’une petite délégation représentant les enfants de mon grand-père Napoléon Féliho, il était venu réclamer en leur nom les biens dont tous estimaient avoir été spoliés à la suite du décès de leur géniteur alors qu’ils étaient mineurs. Bien que cette démarche fût commune, mon père avait crânement accepté de porter le chapeau. Il avait été immédiatement mis en garde à vue avant d’être transféré à la prison Saint-Jean, proche de notre Carré 410, où il sera détenu plusieurs jours. Les grandes vacances scolaires de cette année 1960 touchaient à leur fin et nous étions à la veille d’émigrer à Dakar, au Sénégal, où mon père devait prendre son nouveau poste de gérant de la Hollando-Africaine après avoir été employé par la même compagnie commerciale à Douala, au Cameroun. Accompagnée de son oncle Christophe Hountondji, ma mère s’était déplacée chez Victorin Féliho pour implorer sa clémence en faveur de mon père, clémence qu’il lui accorda généreusement malgré la gravité des faits. Je relate en détail ce douloureux épisode familial dans mon troisième ouvrage, L’Outre-océan de nos hiers, publié en 2020, chez Edilivre.

Une fois installés à Dakar, nous avons revu Jean Florentin Féliho que nous appelions communément « Tonton Florentin ». Déjà marié mais n’ayant pas encore d’enfants si ma mémoire m’est fidèle, il achevait ses études de droit à l’université et travaillait en même temps comme assesseur juridique dans une grosse firme pétrolière dont les bureaux se situaient dans un immeuble du centre-ville. Les rapports qu’il entretenait avec mes parents me paraissaient des plus cordiaux. Bien des années plus tard, en plus de ses nombreuses possessions immobilières au Bénin, j’appris qu’il avait également acquis des résidences en France, notamment dans le Val-de-Marne. Depuis nos retrouvailles à Dakar, je ne l’ai plus jamais revu jusqu’à sa mort survenue au Bénin, en décembre 2010, à l’âge de 79 ans.

Ancien bâtonnier de l’ordre des avocats, Jean Florentin Féliho aura été aussi ministre de l’intérieur dans le gouvernement de transition du 1er mars 1990 dirigé par le Premier ministre Nicéphore Soglo. A ce titre, il effectuera une visite officielle en France en cette même année 1990 et sera reçu au siège du SCTIP1, à Nanterre, par M. Jacques Franquet qui était alors le chef de ce prestigieux service de police. À l’époque, j’étais moi-même en coopération à Caracas (Venezuela) au titre du SCTIP. De passage à Caracas au milieu de l’automne 1990, Jacques Franquet me contera en privé les moments forts de cette entrevue et me dira combien il avait été grandement impressionné par la personnalité de mon oncle. Fin de l’histoire.

Pont-Croix, 13 octobre 2026


1. Le Service de Coopétation Technique Internationale de Police dans lequel j’ai servi de 1990 jusqu’à 2008, c’est-à-dire jusqu’à la retraite.